Un autre aspect stressant de la profession vétérinaire est qu’il peut devenir une source de conflits, qu’ils s’agissent de conflits d’intérêt entre propriétaires et animaux, de relations à la clientèle ou de l’acte de d’euthanasie en lui-même.

 

Conflit interne

 

Conflit d’intérêts entre animal et propriétaire

L’activité vétérinaire peut présenter un conflit d’intérêts car elle sert à la fois l’intérêt de l’animal et celui de son propriétaire. Le vétérinaire peut ainsi tenir une position morale et éthique complexe entre l’obligation d’assurer le bien-être de leur patient et les contraintes émises par le propriétaire, en particulier financières. Une étude s’est intéressée à la perception de ce conflit d’intérêts et à ses conséquences sur les étudiants américains. Selon eux, les situations les plus stressantes sont les cas de prolongation de souffrance animale sans raison médicale valable et les actes qui  procurent de la souffrance pour l’animal comme la castration des veaux sans anesthésie pour limiter les frais. L’annonce des mauvaises nouvelles aux clients est également un facteur le stress et peut amener un sentiment prolongé de stress.

 

L’euthanasie, source de conflit interne

La majorité des vétérinaires sont quotidiennement confrontés à la mort. Ils peuvent être amenés à mettre fin à la vie d’animaux qu’ils ont suivis ou non via l’acte d’euthanasie. 

Le caractère perturbant de l’euthanasie chez les vétérinaires est reconnue par la communauté scientifique et par les vétérinaires eux-mêmes. En effet, 25 % d’entre eux considèrent cet acte comme une source de stress. 

Dans une étude menée au Royaume-Uni, les auteurs montrent que la perte d’un animal par maladie ou par euthanasie provoque d’importantes réactions émotionnelles à court et long termes chez les praticiens ayant répondu à l’enquête. 
L’euthanasie en elle-même est en effet un acte stressant sur les plans technique et émotionnel. En effet, il est parfois techniquement compliqué de trouver une voie veineuse, en particulier sur les animaux accidentés qui arrivent dans un état clinique instable. De plus, il est courant que le propriétaire souhaite assister à l’euthanasie de son animal pour être à ses côtés jusqu’à la fin. Or, il n’est généralement pas habitué à la mort et cela peut participer à augmenter le stress du praticien. Certains propriétaires essaient quant à eux de se décharger d’un tel choix et de demander au vétérinaire de prendre la décision bien que ce dernier ne soit que conseiller et non décisionnaire.

Enfin, l’euthanasie peut s’avérer être un dilemme pour le praticien en particulier dans les cas où l’euthanasie n’est pas l’unique solution éthiquement envisageable, mais que l’autre solution (traitement médical ou chirurgical) l’obligerait à brader son acte, voire à perdre de l’argent. Une non-concordance entre la volonté de soigner le patient et la nécessité de
recourir à l’euthanasie peut s’installer. Ce sentiment peut être à l’origine d’un conflit interne et participer à l’apparition de pensées négatives voire suicidaires dans les cas les plus extrêmes.

 

Conflit avec la clientèle

 

La relation avec la clientèle est jugée comme une source de stress et de fatigue par 40 % des vétérinaires praticiens interrogés. La relation au client peut en effet s’avérer stressante dans certains cas : lors de situations d’impayés, lors d’incompréhension des limites médicales par le client ou encore du fait de l’image de “nantis” que détient la profession vétérinaire auprès de l’opinion publique.

Cette image est d’autant plus difficile à vivre qu’elle est considérée comme injuste par les vétérinaires interrogés. Près d’un quart des vétérinaires estime que la plupart des clients attendent trop d’eux. Il est à noter que ce chiffre atteint plus de 40 % en pratique rurale. Cela peut s’expliquer par l’intérêt économique présent dans cette pratique ainsi que par les difficultés actuelles rencontrées par l’élevage en ce moment. 

Un autre fait marquant est l’augmentation des doléances et des plaintes des clients auprès des institutions vétérinaires pour “mauvais soins” envers leurs animaux selon le Royal College of Veterinary Surgeons (RCVS) en 2007.

Enfin, la gestion des impayés apparaît comme une source de stress et de fatigue chez plus de 40 % des vétérinaires interrogés, en particulier en pratique équine.

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